Droit Commercial & Baux
Mis à jour — Juin 2026

Les baux commerciaux au Maroc constituent l’une des matières les plus techniques du droit des affaires marocain. Longtemps régis uniquement par le Dahir formant Code des Obligations et des Contrats (D.O.C) de 1913, ils font depuis 2013 l’objet d’une loi spécifique — la loi n° 67-12 — qui a profondément réformé les rapports entre bailleurs et locataires commerciaux.

Maître Mounia Boujabha, avocate spécialisée en droit commercial à Rabat depuis 2015, intervient régulièrement dans les litiges relatifs aux baux commerciaux devant le Tribunal de Commerce de Rabat. Ce guide présente de manière complète et pratique les droits et obligations des parties, les procédures applicables et les recours disponibles.

Le Cadre Juridique des Baux Commerciaux au Maroc

Le droit des baux commerciaux au Maroc est encadré par plusieurs textes législatifs qui s’articulent entre eux.

Le Dahir formant Code des Obligations et des Contrats (D.O.C) — 1913

Le D.O.C constitue le droit commun des contrats au Maroc. Ses articles 627 à 693 traitent spécifiquement du louage de choses. Ses dispositions générales s’appliquent aux baux commerciaux en l’absence de règles spéciales prévues par la loi n° 67-12.

La loi n° 53-95 instituant les Tribunaux de Commerce

Promulguée le 6 janvier 1997, cette loi confie la compétence des litiges relatifs aux baux commerciaux aux Tribunaux de Commerce. À Rabat, c’est le Tribunal de Commerce de Rabat qui est compétent pour tous les litiges entre bailleurs et locataires commerciaux.

Textes juridiques applicables aux baux commerciaux au Maroc
Texte Date Domaine d’application
D.O.C — Dahir du 12 août 1913 1913 Droit commun des contrats et du louage (art. 627-693)
Loi n° 53-95 1997 Compétence des Tribunaux de Commerce
Loi n° 67-12 2013 Baux commerciaux, industriels et artisanaux
Code de Commerce marocain 1996 Fonds de commerce, cession, nantissement

La Loi n° 67-12 — Ce qu’elle Change pour les Baux Commerciaux

Promulguée le 19 novembre 2013 et publiée au Bulletin Officiel n° 6217 du 5 décembre 2013, la loi n° 67-12 relative aux obligations et contrats portant sur les locaux à usage commercial, industriel ou artisanal constitue le texte de référence du droit des baux commerciaux au Maroc.

Champ d’application

La loi n° 67-12 s’applique aux locaux utilisés pour l’exercice d’une activité commerciale, industrielle ou artisanale : boutiques, entrepôts, bureaux commerciaux, ateliers et locaux artisanaux. Elle ne s’applique pas aux locaux à usage d’habitation, aux baux administratifs ou aux locations meublées.

Les apports principaux

  • Droit au renouvellement du bail — Le locataire commercial bénéficie d’un droit au renouvellement à l’expiration du bail, sauf motifs légitimes du bailleur (article 6)
  • Indemnité d’éviction — En cas de refus de renouvellement sans motif légitime, le bailleur est tenu de verser une indemnité d’éviction (article 7)
  • Révision triennale du loyer — Possibilité de révision judiciaire du loyer après 3 ans d’exécution du bail (article 8)
  • Protection du fonds de commerce — Le bail est attaché au fonds de commerce, ce qui protège la clientèle et l’emplacement commercial
  • Formalisme renforcé — Les notifications et mises en demeure entre bailleur et locataire obéissent à des règles formelles strictes
Point important — Baux antérieurs à 2013La loi n° 67-12 s’applique à tous les baux commerciaux en cours à sa date d’entrée en vigueur. Si votre bail a été conclu avant 2013, ses dispositions s’appliquent néanmoins à votre situation — notamment le droit au renouvellement et l’indemnité d’éviction.

Les Types de Conflits Locatifs Commerciaux

1. Non-paiement du loyer

C’est le litige le plus fréquent. En cas de non-paiement du loyer, le bailleur doit envoyer une mise en demeure par huissier, puis saisir le Tribunal de Commerce de Rabat pour obtenir un jugement d’expulsion. Toute expulsion sans jugement est illégale et expose le bailleur à des poursuites pénales.

2. Violation des clauses du bail

Une utilisation non conforme des locaux, une sous-location non autorisée ou une cession irrégulière du bail constitue une violation des clauses contractuelles. Le bailleur doit prouver la violation devant le Tribunal de Commerce et démontrer son caractère suffisamment grave pour justifier la résiliation.

3. Conflits de renouvellement de bail

À l’expiration du bail, le locataire a le droit de demander son renouvellement. Le bailleur peut s’y opposer pour des motifs légitimes — reprise pour travaux importants, changement d’affectation, démolition. En cas d’opposition sans motif légitime, le locataire peut obtenir le renouvellement forcé ou une indemnité d’éviction.

4. Détérioration des locaux

À la fin du bail, des litiges surgissent souvent sur l’état de restitution. Le bailleur peut demander réparation si le locataire a causé des dégradations allant au-delà de l’usure normale. Une expertise judiciaire est souvent ordonnée par le tribunal pour évaluer les dommages.

5. Cession du bail et sous-location

La cession du bail commercial — liée à la vente du fonds de commerce — et la sous-location nécessitent en principe l’accord du bailleur, sauf disposition contraire du contrat. Les litiges sur ces questions sont fréquents dans les opérations de transmission d’entreprise.

Litiges les plus fréquents

  • Non-paiement du loyer
  • Refus de renouvellement
  • Violation des clauses d’usage
  • Sous-location non autorisée
  • Dégradation des locaux
  • Révision du loyer contestée
  • Cession irrégulière du bail
Délais moyens de résolution

  • 3-6 mois — résolution amiable
  • 6-12 mois — 1ère instance
  • 12-24 mois — avec appel
  • 24-48h — référé d’urgence

La Résiliation du Bail Commercial au Maroc

Résiliation à l’initiative du locataire

Le locataire peut résilier le bail commercial en respectant le préavis prévu au contrat — généralement 3 mois — notifié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d’huissier. Il doit continuer à payer le loyer jusqu’à la date effective de résiliation et restituer les locaux dans l’état prévu au contrat.

Résiliation à l’initiative du bailleur

La résiliation par le bailleur est encadrée par la loi n° 67-12. Il doit justifier d’un motif légitime et respecter une procédure stricte :

  1. Mise en demeure par huissier — notification formelle au locataire de remédier au manquement dans un délai fixé
  2. Constat de non-exécution — si le locataire ne régularise pas sa situation
  3. Requête au Tribunal de Commerce de Rabat — avec toutes les pièces justificatives
  4. Audience contradictoire — les deux parties présentent leurs arguments
  5. Jugement de résiliation — le tribunal prononce ou refuse la résiliation et fixe les compensations

Clauses résolutoires

Certaines clauses du bail prévoient une résiliation automatique en cas de manquement grave. Ces clauses doivent être expressément stipulées dans le contrat et leur mise en œuvre notifiée formellement au locataire. Même avec une clause résolutoire, le tribunal peut accorder des délais de grâce.

Attention — Expulsion forcée illégaleToute expulsion d’un locataire commercial sans décision de justice est illégale au Maroc. Le bailleur qui procède à une expulsion forcée — changement de serrure, coupure d’accès, intimidation — s’expose à des poursuites pénales pour violation de domicile et voie de fait.

L’Indemnité d’Éviction dans les Baux Commerciaux

L’indemnité d’éviction est l’une des dispositions les plus importantes de la loi n° 67-12. Elle protège le locataire contre la perte de son emplacement commercial et de sa clientèle.

Quand est-elle due ?

L’indemnité d’éviction est due par le bailleur lorsqu’il refuse le renouvellement du bail commercial sans motif légitime. Elle est également due lorsque le bailleur invoque un motif légitime mais que le locataire ne peut pas être relogé dans les mêmes conditions.

Calcul de l’indemnité d’éviction

Son montant est calculé en tenant compte de plusieurs facteurs :

  • La valeur du fonds de commerce — déterminée par expertise judiciaire
  • Le chiffre d’affaires — moyenné sur les 3 dernières années d’exercice
  • L’ancienneté du locataire — dans les locaux concernés
  • Les investissements réalisés par le locataire dans les locaux
  • La valeur de l’emplacement commercial et sa rareté sur le marché
  • Le préjudice de réinstallation — frais de déménagement et de réaménagement

Fixation de l’indemnité

L’indemnité est fixée à l’amiable ou par le Tribunal de Commerce après désignation d’un expert judiciaire. Le locataire doit fournir tous les éléments comptables et financiers permettant l’évaluation du fonds de commerce.

La Révision du Loyer dans un Bail Commercial

Révision conventionnelle

Les parties peuvent prévoir dans le contrat une clause d’indexation permettant la révision automatique du loyer en fonction d’un indice de référence — généralement l’indice des prix à la consommation publié par le Haut-Commissariat au Plan. Cette clause évite tout litige sur la révision pendant la durée du bail.

Révision judiciaire

En l’absence de clause d’indexation ou en cas de désaccord, l’une des parties peut demander la révision judiciaire du loyer après un délai minimum de 3 ans d’exécution du bail. La demande est portée devant le Tribunal de Commerce. Le juge désigne un expert pour évaluer la valeur locative réelle, tenant compte de l’emplacement, de la superficie, de l’état des locaux et des conditions du marché.

La Procédure Judiciaire devant le Tribunal de Commerce de Rabat

La saisine du Tribunal de Commerce

La procédure est initiée par le dépôt d’une requête introductive d’instance au greffe du Tribunal de Commerce de Rabat. Cette requête doit exposer les faits, qualifier juridiquement la demande, formuler des conclusions précises et être accompagnée de toutes les pièces justificatives — bail, états des loyers, correspondances, mises en demeure.

La médiation commerciale

Avant ou pendant la procédure judiciaire, les parties peuvent avoir recours à la médiation commerciale, encadrée par la loi n° 08-05. La médiation est plus rapide et moins coûteuse qu’un procès. En cas de succès, l’accord est homologué par le tribunal et acquiert force exécutoire.

L’expertise judiciaire

Dans les litiges complexes — évaluation de l’indemnité d’éviction, révision du loyer, dommages causés aux locaux — le tribunal désigne un expert judiciaire. L’expert remet un rapport motivé soumis au débat contradictoire. Le tribunal n’est pas lié par les conclusions de l’expert mais les prend en compte dans sa décision.

Le référé commercial

En cas d’urgence — occupation sans droit ni titre, trouble manifestement illicite — une procédure de référé permet d’obtenir une décision provisoire du président du Tribunal de Commerce dans des délais très courts, sans attendre un jugement au fond.

Comparaison des voies de résolution des litiges commerciaux
Voie Délai Avantages
Médiation commerciale 1 à 3 mois Rapide, confidentiel, préserve la relation
Procédure judiciaire 1ère instance 6 à 12 mois Décision exécutoire, expertise possible
Référé commercial Quelques jours Urgence, mesures provisoires immédiates
Appel +12 à 18 mois Contrôle de la décision de première instance
Arbitrage commercial 3 à 6 mois Confidentialité, rapidité relative

Le Rôle de l’Avocat Commercial à Rabat

Conseil préventif — avant le litige

Lors de la rédaction ou de la négociation d’un bail commercial, l’avocat commercial à Rabat sécurise les clauses de révision du loyer, les conditions de résiliation, les obligations d’entretien et les garanties locatives. Un bail commercial mal rédigé est souvent à l’origine de litiges coûteux.

Négociation et médiation

En cas de conflit naissant, l’avocat intervient comme négociateur pour rechercher une solution amiable. La résolution amiable préserve la relation commerciale, évite des frais judiciaires importants et permet une résolution plus rapide. L’avocat rédige les protocoles d’accord et les conventions de résiliation amiable.

Représentation judiciaire

Devant le Tribunal de Commerce de Rabat, l’avocat prépare la requête, réunit les pièces, rédige les conclusions, contre-expertise les rapports d’experts adverses et plaide lors des audiences. La maîtrise de la procédure commerciale marocaine et des textes applicables est essentielle pour défendre efficacement les intérêts du client.

Rédaction des actes juridiques

Tout au long du litige et lors de sa résolution, l’avocat rédige les actes nécessaires — mises en demeure, protocoles d’accord, conventions de résiliation, actes de cession de bail. Ces documents engagent juridiquement les parties et doivent être rédigés avec précision pour éviter tout litige ultérieur.

Questions Fréquentes — Baux Commerciaux au Maroc

La loi n° 67-12 ne fixe pas de durée minimale obligatoire. La durée est librement fixée par les parties. En pratique, les baux commerciaux sont souvent conclus pour 3 ans renouvelables. Le locataire bénéficie d’un droit au renouvellement à l’expiration du bail, sauf motifs légitimes du bailleur.

Le locataire respecte le préavis contractuel (généralement 3 mois) par lettre recommandée ou acte d’huissier. Le bailleur doit justifier d’un motif légitime, envoyer une mise en demeure par huissier, puis saisir le Tribunal de Commerce si le locataire ne quitte pas les lieux. Toute expulsion sans jugement est illégale.

Promulguée le 19 novembre 2013, la loi n° 67-12 régit les baux des locaux à usage commercial, industriel ou artisanal. Elle consacre le droit au renouvellement du bail, l’indemnité d’éviction en cas de refus injustifié, la révision triennale du loyer et la protection du fonds de commerce.

L’indemnité d’éviction est une compensation due par le bailleur au locataire lorsqu’il refuse le renouvellement sans motif légitime. Elle répare la perte du fonds de commerce et est calculée en fonction du chiffre d’affaires, de l’ancienneté et des investissements réalisés. Elle est fixée à l’amiable ou par le Tribunal de Commerce après expertise.

Le Tribunal de Commerce de Rabat est compétent pour tous les litiges relatifs aux baux commerciaux à Rabat. En appel, c’est la Cour d’Appel de Commerce de Rabat. Maître Boujabha intervient devant ces deux juridictions.

Non. Une expulsion sans décision de justice est illégale au Maroc. Le bailleur doit obtenir un jugement d’expulsion du Tribunal de Commerce, après mise en demeure et respect des délais légaux. Toute expulsion forcée sans jugement expose le bailleur à des poursuites pénales.

La révision peut être conventionnelle (clause d’indexation dans le bail) ou judiciaire (demandée après 3 ans). Le juge prend en compte la valeur locative réelle et l’évolution du marché immobilier commercial. La demande judiciaire se fait devant le Tribunal de Commerce de Rabat.

 

Besoin de conseils juridiques ou des questionssur des affaires légales ?

Contactez notre cabinet dès aujourd’hui ! Nos avocats sont là pour répondre à toutes vos questions et vous aider dans vos démarches juridiques. Ne restez pas dans l’incertitude, contactez-nous maintenant pour une consultation.